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La peur : cette mauvaise conseillère qui s'invite trop souvent dans nos décisions

Le climat actuel est anxiogène. Géopolitique instable, économie en tension, pression sociale, inflation réglementaire… Et, honnêtement, il n’a probablement jamais été aussi difficile pour un dirigeant de garder la tête froide.

À cela s’ajoute un facteur aggravant : la surexposition permanente à l’information. Radio dans la voiture, alertes push sur le téléphone, chaînes d’info en continu, articles anxiogènes, notifications en rafale… Un véritable cocktail mental détonnant.

Et dès qu’on passe la porte de l’entreprise, la deuxième vague arrive : problèmes urgents, imprévus, tensions, micro-crises… On éteint des feux, on agit dans l’instant — ou on empile ce qu’on n’ose pas traiter. Dans les deux cas, on reste dans le réflexe, pas dans la réflexion.

Le cerveau reptilien : un allié… pas toujours très moderne

Notre cerveau primitif est conçu pour détecter les dangers et réagir très vite. Il active les trois réponses bien connues : fight, flight ou freeze. Utile face à un prédateur. Beaucoup moins face à un changement de process, une discussion difficile ou une réorganisation.

Ces réflexes nous poussent à :

  • agir trop vite,
  • agir trop fort,
  • ou ne plus agir du tout.

Et ces trois réponses ne sont probablement pas les meilleures pour piloter une entreprise.

Quand la peur s’installe dans l’entreprise

On la retrouve partout :

  • peur de déléguer (“personne ne fera aussi bien que moi”)
  • peur de faire évoluer son rôle
  • peur de transmettre à la génération suivante
  • peur de changer les méthodes ou d’automatiser
  • peur de prendre une décision impopulaire
  • peur de revoir l’organisation
  • peur de confronter un problème de performance
  • peur, tout simplement, de se tromper

Bref : la peur s’installe, discrète mais influente. (Mais rassurez-vous, cet article ne cherche pas à… faire peur)

Quand la peur prend le volant

Le danger, c’est qu’elle devienne un mode de gouvernance.

On analyse trop, on tourne en boucle, on multiplie les “what if”… et on ne décide plus. Ou au contraire, on agit trop vite en mode pompier, juste pour apaiser la tension du moment.

Résultat : les mêmes problèmes reviennent quelques semaines plus tard — souvent plus coûteux, plus enracinés, plus difficiles à traiter.

Comment reprendre le contrôle (et sortir du réflexe reptilien)

Voici quelques leviers concrets pour remettre les choses en perspective :

1️Stop. Réfléchir. Structurer.

Sortir du réflexe, prendre une pause consciente, clarifier le vrai problème. Ce court moment de recul permet d’aller vers l’amélioration structurelle, plus durable que le réflexe “coup de sabre”.

2️Stopper la boucle anxieuse.

Trop d’analyse nourrit la peur. Faire pause, aérer, respirer : c’est déjà agir.

3️Objectiver.

Les faits, rien que les faits. La peur adore le flou ; la clarté l’apaise.

4️Toujours mettre risques & opportunités en regard.

Ce réflexe change la perspective. Souvent, une menace cachait une opportunité d’amélioration.

5️S’entourer d’un regard extérieur.

Conseil d’administration, advisory board, pair dirigeant, expert, collègue de confiance… Un œil neuf ramène une juste proportion entre émotion et réalité.

6️Préparer et documenter la décision.

Structurer, argumenter, clarifier. Cela réduit naturellement la charge mentale — et facilite la communication interne.

7️Agir, même petitement.

Un prototype, un test, une première étape. L’action réaligne le cerveau sur le réel et fait baisser la tension.

Conclusion

La peur n’est pas un ennemi : c’est un signal. Mais quand elle gouverne, elle fige, surcharge et empêche l’organisation d’avancer.

Prendre du recul, confronter ses perceptions, s’entourer, structurer : c’est déjà reprendre le contrôle du narratif intérieur. Et c’est souvent ce qui distingue les dirigeants qui subissent le changement… de ceux qui le créent.

gdejacquier@gmail.com 29 novembre 2025
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